2026
La loi polonaise demeure inchangée. Les femmes continuent de dépendre des réseaux militants, des pilules envoyées par la poste ou de la possibilité de partir à l’étranger, tandis que les personnes qui les aident restent exposées à des poursuites.
Le 3 mars 2026, la cour d’appel de Katowice a confirmé la condamnation de trois médecins de l’hôpital de Pszczyna pour leur responsabilité dans la mort d’Izabela, une femme de 30 ans décédée d’un choc septique en septembre 2021, à la 22e semaine de grossesse. Les praticiens ont été condamnés à des peines de prison ferme allant d’un an à dix-huit mois, ainsi qu’à des interdictions temporaires d’exercer. L’un d’eux a notamment été reconnu coupable d’homicide involontaire.
Malgré la rupture de la poche des eaux et l’absence de perspective de survie du fœtus, l’interruption de la grossesse avait été retardée. Selon la famille d’Izabela, les médecins avaient attendu la mort du fœtus, par crainte des poursuites pénales liées à la législation polonaise sur l’avortement.
Survenue moins d’un an après la suppression de l’exception autorisant l’IVG en cas de grave malformation fœtale, la mort d’Izabela est devenue le symbole des conséquences meurtrières de cette politique. Elle avait provoqué des manifestations nationales sous le slogan « Pas une de plus », dénonçant une loi qui pousse les médecins à attendre que l’état d’une patiente devienne critique avant d’intervenir.
2019-2025
Depuis son arrivée au pouvoir en 2015, le gouvernement national-conservateur a considérablement restreint l’accès à l’avortement. En 2017, le Président polonais a entériné une loi conditionnant l’accès à la pilule du lendemain à la délivrance d’une prescription médicale. En octobre 2020, le Tribunal constitutionnel polonais a déclaré contraire à la Constitution l’exception de « malformation grave et irréversible du fœtus ou maladie incurable menaçant la vie du fœtus » qui était inscrite dans la loi de 1993. Cela a entraîné l’interdiction de l’IVG en cas de malformation fœtale, qui concernait plus de 90% des avortements. Cette décision eut un effet dissuasif sur les médecins. En conséquence, au moins 6 femmes enceintes sont mortes depuis 2020, car les médecins sollicités ont refusé d’intervenir.
Une activiste polonaise, Justyna Wydrzyńska, a risqué 3 ans de prison pour « aide à la commission d’un avortement » elle a finalement été condamnée mais à des travaux d’intérêt général.
Suite à l’invasion russe en février 2022, certaines réfugiées ukrainiennes en Pologne sont en demande d’une IVG, notamment à cause de viols. Très peu y ont accès.
En juin 2022, le ministre de la Santé a mis en place l’obligation pour les médecins généralistes d’inscrire les grossesses dans un registre numérique médical. Cet outil est perçu comme un moyen de contrôler et persécuter les femmes polonaises.
Suite aux élections d’octobre 2023 et à la nomination de Donald Tusk (Coalition civique) comme premier Ministre, une nouvelle législation fut soumise au Parlement. Celle-ci visait la suppression de l’article du Code pénal condamnant l’avortement et les personnes aidant à la réalisation de celui-ci. Le texte a été rejeté par le Parlement, le 12 juillet 2024 à trois voix près: 218 votes contre, et 215 votes pour. Cependant, face à cette impasse politique, le gouvernement a décidé en août 2024 de donner des instructions aux médecins et aux procureurs interprétant la loi de la manière la plus libérale possible, afin de permettre l’accès à l’avortement dans la pratique.
Toutes les études d’opinion montrent qu’une large majorité de Polonais est favorable à une libéralisation du droit à l’avortement. Selon un sondage publié en mars 2023, 83,7% des personnes se prononcent pour un changement de la loi, et 56,8% sont pour le droit à l’IVG sans condition jusqu’à la 12e semaine.
En février 2025, la cour d’appel de Varsovie a annulé la condamnation prononcée en 2023 contre Justyna Wydrzyńska, militante d’Abortion Dream Team, poursuivie pour avoir envoyé des pilules abortives à une femme victime de violences conjugales. La cour a estimé que les conditions de son premier procès ne garantissaient pas l’impartialité du tribunal et a renvoyé l’affaire devant une juridiction inférieure. Justyna Wydrzyńska n’a donc pas été acquittée et reste exposée à de nouvelles poursuites. Amnesty International a demandé leur abandon définitif, rappelant qu’un acte de solidarité ne devrait pas être criminalisé.
Sur le plan politique, l’année 2025 a confirmé l’échec des engagements pris par Donald Tusk lors des élections de 2023. Sa coalition avait promis de légaliser l’IVG jusqu’à douze semaines, mais aucune réforme n’a été adoptée. La menace d’un veto du président conservateur Andrzej Duda a pesé sur les débats, sans être l’unique cause du blocage : divisée entre libéraux et conservateurs, la majorité gouvernementale n’est pas parvenue à s’accorder sur un texte commun.
L’élection de Karol Nawrocki à la présidence, le 1er juin 2025, a encore éloigné la perspective d’une libéralisation. Soutenu par le parti national-conservateur PiS, il s’est engagé à ne signer aucune loi élargissant l’accès à l’avortement. Faute de réforme législative, le gouvernement a tenté d’améliorer l’application des rares exceptions existantes par des instructions administratives, notamment en reconnaissant que la santé mentale pouvait justifier une IVG et en rappelant aux hôpitaux publics leur obligation d’assurer les soins légaux. Ces mesures ont facilité certains parcours, mais elles restent fragiles et ne constituent pas un véritable droit à l’avortement.
Le 13 novembre 2025, la Cour européenne des droits de l’homme a par ailleurs condamné la Pologne dans l’affaire A.R. c. Pologne. La requérante avait dû se rendre aux Pays-Bas pour avorter après le diagnostic d’une grave anomalie fœtale, dans la période d’incertitude ayant suivi la décision restrictive du Tribunal constitutionnel de 2020. La Cour n’a pas reconnu un droit général à l’avortement, mais elle a jugé que la restriction avait été imposée par une procédure irrégulière et dans un climat d’insécurité juridique portant atteinte à la vie privée.